La suite très attendue de 28 jours plus tard et de 28 semaines plus tard sort enfin dans nos salles obscures. Un troisième film pour cette saga d’autant plus attendue qu’elle signe le retour de Danny Boyle à la réalisation après avoir laissé la suite à la main de Juan Carlos Fresnadillo. Les différentes informations autour de la pré-production du film nous promettaient également le retour de Cillian Murphy, héros du premier film, devenu acteur bankable depuis Peaky Blinders. Salade, tomate, oignon tout est paré pour avoir une suite au succès populaire au box-office.
Mais qu’en est-il réellement ? Est-ce que la promesse est tenue ? Ou bien est-ce une énième suite d’un film culte pour surfer sur la nostalgie des spectateurs et rapporter de l’argent à Hollywood ?
Danny Boyle et son scénariste Alex Garland ont l’intention de proposer une vraie suite à 28 jours plus tard et 28 semaines plus tard, sans pour autant tomber dans une pseudo-nostalgie des deux films précédents. 28 ans après les événements du premier film – d’où le titre –, la Grande-Bretagne est mise en quarantaine (on peut dresser un lien avec le Brexit) à la suite de la propagation du « virus de la fureur » dans les films précédents. Certains survivants se sont regroupés sur une île reliée à la terre par une digue franchissable uniquement à marée basse sur laquelle ils ont formé une communauté, fortement défendue, avec ses lois et ses coutumes. Un jour, un père, Jamie (Aaron Taylor-Johnson) et son fils Spike(Alfie Williams), doivent quitter l’île pour une mission sur le « continent », en laissant la mère de l’enfant, Jodie Comer, alitée chez eux. C’est alors la découverte d’un monde où la nature a repris ses droits, aussi merveilleuse que dangereuse avec des zombies, « les infectés », parcourant le territoire.
Loin d’être l’histoire de zombie la plus originale qu’il soit, il faut quand même souligner que le scénariste Alex Garland cherche à construire une mythologie autour de ce monde et permet en cela de développer un univers qui n’a pas forcément besoin d’une telle expansion. Cependant, ici cela permet de poser des fondations solides à ce monde. On remarque également que le scénario a évolué et que des œuvres comme The Last of Us ou bien The Walking Dead sont passées par là. L’histoire post-apocalyptique d’Alex Garland, à l’instar des œuvres citées, est un film sur le passage à l’âge adulte où les liens entre l’enfant et l’adulte sont extrêmement forts. Cela semble même commencer de manière banale pour ce monde avec la première mission du fils sur le continent, mais va prendre une autre proportion dans la deuxième partie du film où l’on comprend que le passage à l’âge adulte passe par le mensonge, l’espoir et le deuil. Sans révolutionner le genre des films de zombies, 28 ans plus tard a une honnêteté sur ce qu’il veut raconter et se distingue ainsi des films de zombies hollywoodien de ces dernières années. Nous pouvons tout de même reprocher à la narration des enjeux peu originaux et peu intéressants qui ne sont clairement pas le centre de ce que veulent raconter Boyle et Garland.
Tout y est donc, en ce qui concerne la narration, pour la construction de cette nouvelle saga 28 ans plus tard, avec déjà l’annonce d’un deuxième film tourné simultanément à ce premier film, et un potentiel troisième film si le second fonctionne au box-office.
C’est par ailleurs là qu’on retrouve un peu de négatif : le processus de production où tout est ramené à une histoire d’argent alors que seul ce film aurait pu suffire. Mais, nous pouvons espérer qu’Alex Garland, Danny Boyle et Nia DaCosta (réalisatrice de la suite de 28 ans plus tard) ont une idée forte pour les suites et que cela ne se fait pas juste pour des raisons pécuniaires et marketing.
Danny Boyle signe un film presque expérimental sur sa première partie, avant de revenir vers quelque chose de plus classique sur la seconde partie du film. Un film découpé en deux donc avec une première partie très énergique proposant un montage marqué mêlant images d’archives, de vieux films, et des images filmées en caméra infrarouge. Une fantaisie visuelle aussi riche que le monde post-apocalyptique qu’il souhaite développer. Cette mise en scène souligne également le côté urgent de l’action et accentue l’horreur de la menace zombie, les transformant en créatures que l’on pourrait croire sorties de l’enfer. Il y a presque un côté punk et énervé dans la mise en scène de 28 ans plus tard, rappelant Transpotting. Boyle s’éloigne de la mise en scène classique du film de zombie pour adopter une forme plus expérimentale mais divertissante et satisfaisante, un peu comme si on écoutait les Sex Pistols : énergique, maîtrisé et diablement cool.La mise en scène très marquée de Boyle est également suivie d’une expérimentation musicale qui donne alors au film un côté relativement original. La composition de la bande originale du film est confiée au groupe de hip-hop/electro The Young Fathers. Ils vont alors proposer une BO singulière dont un des morceaux (utilisés dans une des bande annonce) est un sample d’un enregistrement de Taylor Holmes du poème Boots de Rudyard Kipling. Ce morceau, à l’instar du poème, donne un rythme martial au film et aux images : le film n’est alors pas qu’un film de survie mais aussi un film de guerre. L’originalité de la bande originale est également poussée lorsque des morceaux semblent être en décalage avec les images proposant alors une musique qui se fait indépendante du film. Pourtant cela fonctionne très bien et nous ne regrettons pas l’absence du thème musical culte de John Murphy des premiers films de la saga.
Image de couverture © Sony Pictures France
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